Une réforme actuellement discutée prévoit de limiter les arrêts de travail prescrits initialement par les médecins à un mois, avec renouvellements réguliers ensuite. L’idée affichée est de « mieux contrôler les arrêts longs et limiter les dérives de dépenses ». Plusieurs médias et syndicats ont commencé à relayer le sujet et les débats qu’il suscite (ex : snfocos)

Prenons quelqu’un en burn-out. Pas le “coup de fatigue” raconté sur LinkedIn avec photo de tasse de café et leçon de résilience à la fin. Le burn-out c’est : fatigue massive, troubles cognitifs, angoisse, parfois incapacité à sortir de chez soi, difficultés à lire un mail ou à gérer un rendez-vous administratif simple.
On découvre qu’il lui faudra potentiellement revenir régulièrement chez le médecin pour refaire valider le forfait. Car c’est un peu ce que cela devient : un forfait burn-out renouvelable.
Cela en dit long sur notre manière de regarder la santé au travail. Depuis plusieurs années, en effet, les arrêts maladie sont surtout discutés comme un problème de flux, de coût et de durée. On parle beaucoup moins de ce qui produit ces arrêts. Pourtant, quand certains métiers explosent en absentéisme, en épuisement ou en désengagement, ce n’est généralement pas parce qu’une population entière aurait soudainement décidé d’abuser du système.
Le réel est plus souvent fait de surcharge, d’objectifs absurdes, de tensions permanentes, de perte de sens, d’isolement, de conflits de valeurs, de management par indicateurs, ou simplement de travail devenu impossible à faire correctement. Mais ça, c’est plus compliqué à traiter qu’un renouvellement mensuel.
On manque de médecins partout, obtenir un rendez-vous devient difficile, les généralistes sont saturés, la médecine du travail fonctionne souvent en effectifs réduits… mais on décide malgré tout d’augmenter le nombre de consultations nécessaires pour des personnes déjà fragilisées.
On imagine très bien la scène.
« Bonjour docteur, je vais toujours aussi mal, je viens refaire tamponner mon état d’épuisement professionnel pour trente jours supplémentaires. »
Le plus ironique, c’est que cette réforme sera probablement présentée comme une amélioration du suivi médical. Alors qu’en pratique, une partie des consultations servira surtout à maintenir à jour un statut administratif.
Sur ces questions, il faut lire Marie Pezé et notamment son Burn-out pour les nuls. Malgré son titre, c’est un ouvrage sérieux, utile et accessible. Marie Pezé fait partie des personnes qui ont contribué à remettre le travail réel au centre de la compréhension de la souffrance psychique. Et ça change beaucoup de choses. Parce qu’à partir du moment où on regarde réellement le travail, les arrêts maladie cessent d’être seulement des statistiques à surveiller.



