Cela n’a pas rien à voir avec le travail, car c’est une simple question d’organisation sociale : la nouvelle loi (juillet 2026) instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre modifie une question essentielle : qui doit prouver quoi ?
Lorsqu’un policier fait usage de son arme, la présomption place celui qui exerce la violence au nom de l’État dans une position particulière. Si son acte bénéficie d’une justification préalable, il appartient à celui ou celle qui la conteste d’apporter les éléments permettant de renverser cette présomption.
Mais la charge de la preuve ne pèse pas de la même manière sur celui qui détient le pouvoir et sur celui qui le subit.

Roi sur son trône, Moyen Age, Italie (wikimedia)
L’un dispose de l’institution, de ses procédures, de ses moyens d’enquête, de ses documents, de ses experts. L’autre doit reconstituer les faits, accéder aux informations, produire des éléments, convaincre que ce qui lui est arrivé ne relevait pas de l’exercice normal du pouvoir.
Cette situation m’est familière : lorsqu’un.e salarié.e affirme que sa charge de travail est devenue excessive, il ou elle doit le démontrer. Si il ou elle explique que ses objectifs sont impossibles à atteindre, il faut nécessairement apporter des chiffres.
Ou encore, si l’on considère qu’une décision est injuste, on doit trouver des « situations comparables » ; si l’on veut montrer qu’une réorganisation dégrade le travail, il faut documenter les conséquences, établir les liens, « objectiver les risques ».
La direction, elle, a décidé.
Bien sûr, le droit du travail impose des obligations à l’employeur. Les représentant.es du personnel disposent de droits, les salarié.es de recours, les juges peuvent contrôler les décisions. Mais dans la vie ordinaire des organisations, l’asymétrie demeure la règle.
Celui qui exerce le pouvoir bénéficie d’une présomption de rationalité. Celui ou celle qui en subit les conséquences doit démontrer qu’il y a un problème.
Un dialogue dans lequel les uns peuvent décider tandis que les autres doivent prouver que les décisions produisent des problèmes repose sur une profonde asymétrie. Et nous nous y habituons, en accordant à ceux qui disposent du pouvoir un avantage considérable : leurs décisions n’ont pas besoin d’être vraies. Elles sont présumées justifiables.
C’est peut-être là que commence l’arbitraire.



