Premiers Secours en Santé Mentale : mon retour d’expérience


Je viens d’achever la formation aux Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM). Je me suis inscrit « pour voir » et me faire une idée parce que le dispositif se développe rapidement en France. Mais aussi parce que j’ai vu apparaître autour de lui un nombre croissant d’offres de formation qui cherchent à occuper le même espace, notamment dans les entreprises.

L’idée n’est d’ailleurs pas mauvaise. Lorsqu’un sujet monte dans le débat public, il est normal que de nouveaux acteurs s’y intéressent. Chacun est libre de proposer sa vision de l’accompagnement, de la prévention ou du soutien aux personnes en difficulté. En revanche, certains retours que j’ai pu recueillir récemment sont préoccupants.

Sous couvert de santé mentale ou de secourisme psychologique, certaines formations continuent de diffuser des concepts qui auraient dû disparaître depuis longtemps des pratiques professionnelles sérieuses : la courbe du deuil utilisée pour expliquer les réactions à un changement organisationnel, la résistance au changement présentée comme une caractéristique psychologique des salariés, des typologies comportementales douteuses, des modèles simplistes du stress ou de la motivation.

C’est dans ce contexte que je souhaitais me faire une idée précise des PSSM, « version officielle ». Et mon avis est que les PSSM n’appartiennent pas à cette catégorie de bullshit, mais sont beaucoup plus sérieuses.

Une formation sérieuse

La première qualité du dispositif est sa cohérence avec son objectif. Les PSSM (« officiels ») ne prétendent pas former des psychologues, des psychiatres ou des thérapeutes. Ils cherchent à permettre à des citoyens ordinaires de repérer certaines situations de détresse psychique, d’engager le dialogue et d’orienter vers des ressources adaptées.

Les contenus m’ont semblé solides et globalement conformes à l’état actuel des connaissances. Les guides remis aux participants ou disponibles en ligne sont de bonne qualité. Ils sont accessibles sans être simplistes et évitent la plupart des raccourcis enore trop souvent rencontrés dans les actions de sensibilisation en entreprise.

Certains détails permettent d’ailleurs de constater un effort d’actualisation. Par exemple, les recommandations relatives aux événements traumatiques ne reprennent pas mécaniquement des pratiques autrefois très répandues mais aujourd’hui largement discutées.

Les supports vidéo constituent également un point fort de la formation. Ils permettent d’illustrer des situations concrètes tout en corrigeant de nombreuses représentations erronées. J’ai notamment trouvé très réussie la présentation des troubles psychotiques. Le sujet est traité sans sensationnalisme, sans caricature et sans entretenir les associations que l’on retrouve encore parfois entre psychose, violence et dangerosité.

La séquence consacrée à la prévention du suicide est également de qualité. Les principes enseignés sont cohérents avec ceux que l’on retrouve dans les dispositifs mobilisés par les psys du travail : capacité à aborder explicitement la question du suicide, écoute active, évaluation de la situation et mobilisation des ressources adaptées.

Ce que les PSSM apportent réellement

La remarque revient souvent : « on ne devient pas psychologue en deux jours ». Mais ce n’est pas davantage l’objectif des PSSM que celui du PSC1 est de former des médecins urgentistes. À mes yeux, l’apport principal de la formation réside dans la correction d’un grand nombre de représentations erronées.

La santé mentale reste en effet entourée de nombreux stéréotypes. Beaucoup de personnes ignorent ce que recouvrent réellement certains troubles psychiques. Beaucoup hésitent à parler du suicide. Beaucoup pensent encore que l’écoute consiste essentiellement à donner des conseils. La formation apporte des repères simples mais utiles.

De ce point de vue, le dispositif me paraît remplir correctement sa mission.

La principale limite ne vient pas de la formation

Ma principale réserve ne concerne pas le contenu pédagogique, mais concerne le contexte dans lequel il s’inscrit. Les PSSM reposent sur une logique de secours : lorsqu’une personne présente des signes de souffrance psychique, il est souhaitable qu’un proche, un collègue ou un citoyen soit capable de l’orienter vers les ressources appropriées. Cette logique suppose cependant que ces ressources soient effectivement accessibles.

Au cours de la formation, nous avons réalisé un test simple. Nous avons recherché un rendez-vous de psychiatrie disponible sur Doctolib. Faites l’exercice par vous-mêmes pour comprendre le problème. Si les PSSM peuvent aider à repérer une difficulté, ils ne peuvent pas résoudre les difficultés structurelles du système de soins.

La question de l’entreprise

La question qui m’intéressait le plus concernait l’utilisation des PSSM dans les entreprises. Ma position est plutôt favorable lorsque la formation est présentée pour ce qu’elle est : il peut être utile que des salariés disposent de repères de base concernant la santé mentale, mobilisables dans l’entreprise et en dehors.

En revanche, je suis beaucoup plus réservé lorsque les PSSM sont présentés comme un outil de prévention des risques psychosociaux. Et c’est le cas, notamment au sein de plusieurs DUEPR que j’ai pu consulter.

Or, les PSSM ne traitent absolument pas des conditions de travail. Leur logique est celle du secourisme : une personne est en difficulté, il faut savoir la repérer, lui parler et l’orienter. Point barre.

Conclusion

Je recommande volontiers cette formation. Le contenu est sérieux, les supports sont de qualité et l’ensemble repose sur une approche simple mais compatible avec l’état actuel des connaissances. Les PSSM constituent probablement aujourd’hui l’une des meilleures offres de sensibilisation généraliste à la santé mentale accessibles au grand public.

En revanche, ils doivent être utilisés pour ce qu’ils sont réellement. Il s’agit d’un dispositif de premiers secours.

Cette distinction est particulièrement importante dans le monde du travail, où les problèmes de santé mentale ne peuvent pas être compris indépendamment des conditions dans lesquelles le travail est réalisé.

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